L'Est mosellan : ce coin de terre, riche d'une histoire disputée. Les frontières qui le traversent, les guerres dont il fut le théâtre ou l'enjeu, les formes précoces d'industrie ont fait de cette région, une terre d'histoire. C'est cette histoire, au travers de la saga industrielle du bassin houiller lorrain, que nous vous proposons de découvrir.
PS : Les sources historiques sont souvent partielles, parfois partiales. Merci à nos lecteurs de leur indulgence, pour les éventuelles insuffisances ou omissions de cette synthèse historique.
Découvertes, concessions et compagnies
Des documents de 1459 mentionnent déjà l'utilisation en Lorraine du charbon de terre issu des affleurements sarrois. Au début du 18ème siècle, une trentaine d'exploitations sont recensées dans le comté de Sarrebruck et le duché de Deux-Ponts. Les habitants sont des artisans verriers, des charbonniers et des ouvriers sidérurgistes. L'immense forêt du Warndt, futur berceau du bassin houiller, leur prodigue les ressources minérales et le bois nécessaire à l'industrie du verre et de la métallurgie.
1816 : à la recherche du prolongement du gisement.
Avec la perte du département de la Sarre, la pénurie de charbon se fait rapidement ressentir dans le grand Est français où sont déjà implantées de nombreuses et importantes usines métallurgiques, faïenceries, verreries, salines … La question d'un éventuel prolongement du bassin houiller de la Sarre en Lorraine reste posée.
A partir de 1847, sur les conseils avisés de M. Jacquot, Ingénieur des Mines à Metz, plusieurs sondages toujours plus à l'ouest sont entrepris sur un secteur allant de Forbach à Creutzwald. Il faudra cependant attendre 1853, pour voir démarrer les travaux de forage qui sont réalisés près du chemin qui mène de Creutzwald à Lauterbacht.
Conscients de l'importance des découvertes, quelques industriels et notables de la région créent, en automne 1854, la première "Société de La Houve". L'objet de cette société est de continuer les recherches du gisement. En 1855, le sondage du Zennenberg, dans la forêt impériale de La Houve, révèle une couche de charbon de 1.20 m à une profondeur de 262 m. En 1856, le forage de Brouchwies, au centre de La Houve, décèle à 300 m une couche de 7 m d'épaisseur.
1871-1918 : les compagnies minières pendant l'annexion
Après avoir perdu les mines de la Sarre en 1815, le traité de Francfort de 1871, fait perdre à la France, le département de la Moselle avec ses mines de charbon et une partie de ses mines de fer en plein essor.
En 1895, la nouvelle société « BergwerksAktienGesellschaft La Houve » entreprend le fonçage du puits Marie (rebaptisé plus tard puits 1). Le passage difficile des terrains aquifères contraint à l'arrêt des travaux par moins 48 m. En 1897, le fonçage est repris avec le procédé Kind-Chaudron. Les travaux recoupent à -139 m la veine appelée Marie. En juin 1898, le puits est achevé à -160 m. La même année, il est mis en exploitation et les mineurs de La Houve produisent 2 171 tonnes.
Durant la guerre de 1914-1918, les femmes et les prisonniers russes remplacent les hommes partis pour le front. Eloigné des champs de bataille, le bassin houiller lorrain n'est pas le théâtre d'engagements meurtriers ni dévastateurs des installations minières. L'armée française préparait une grande offensive en Lorraine lorsque survient l'armistice du 11 novembre 1918.
Les installations sont agrandies et des fonçages sont entrepris. Au fond, les moyens d'exploitation se sont considérablement accrus. Si la traction animale subsiste encore, l'air comprimé se généralise et l'électricité apparaît dans les chantiers.
1939-1945 : l'extraction reprend pendant l'occupation
Après l'armistice, les Allemands s'appliquent à dénoyer les puits inondés à l'aide de puissantes installations de pompage. Les hommes reprennent le chemin de la mine et trouvent les premiers prisonniers russes et polonais au fond. Les veines riches et préparées sont systématiquement épuisées, mais il n'y a ni prospection, ni investissement nouveau et les travaux préparatoires sont totalement négligés.
1946 : la nationalisation des compagnies lorraines
A la fin de la guerre, l'objectif premier du gouvernement français est la reconstruction économique du pays. Pour cela, les besoins en énergie sont immenses, la production est au plus bas et les importations de charbon insuffisantes. Pour faire face à cette pénurie, il faut d'urgence moderniser et ré équiper les mines afin d'accroître la production nationale.
Avec l'aide des subsides publics et l'apport de capitaux et matériel essentiellement américains, un important programme de modernisation et de développement des installations minières est mis en place.
Au cours des années 50, le marché de l'énergie, caractérisé par une offre excédentaire, devient plus favorable aux produits pétroliers qu'à la houille. La part du charbon passe de 72 à 52% du bilan énergétique national. En outre, la concurrence des charbons étrangers, commercialisés à bas prix, est de plus en plus sensible. La mévente du charbon se généralise dans les houillères françaises et les stocks s'accumulent dangereusement.
Les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 provoquent une forte hausse du prix du pétrole ce qui redonne au charbon une certaine attractivité. Cette augmentation des produits pétroliers modifie la politique énergétique française et suscite une relance charbonnière. D'abord timide, celle-ci s'accélère en 1981 avec l'arrivée de la gauche au pouvoir.
Mais l'embellie est de courte durée. Le marché mondial de l'énergie voit l'émergence de nouveaux exportateurs de charbon, bénéficiant de meilleures conditions d'exploitations (mines à ciel ouvert, faibles coûts salariaux). Une baisse importante du prix du pétrole, accentuée par la chute du dollar mettent en évidence les surcoûts des vieux gisements européens, contraints d'exploiter des veines toujours plus profondes. En 1984, l'arrêt de l'embauche annonce aussi à moyen terme la fin de l'exploitation du charbon.